Alice au pays des merveilles

Grand Classique n° 15

Alice au pays des merveilles

1951 · 1 h 15

Réalisation
Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske
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La toute première série produite par Walt Disney, en 1923, s’appelait Alice Comedies : une fillette en prises de vues réelles évoluant dans un monde dessiné. C’est avec ça qu’il a lancé son studio. Vingt-huit ans plus tard, il adapte enfin le texte pour de bon.

Le film a été éreinté par la critique, boudé par le public, et particulièrement mal reçu en Grande-Bretagne, où on lui a reproché d’avoir américanisé Lewis Carroll. Walt Disney l’a rangé parmi ses déceptions personnelles.

Quinze ans plus tard, il est devenu l’un des films les plus projetés sur les campus américains.

L’histoire

Alice s’ennuie pendant la leçon d’histoire de sa sœur et rêve d’un monde où tout serait absurde. Un lapin blanc en gilet, consultant sa montre à gousset et se plaignant d’être en retard, traverse alors la prairie.

Elle le suit dans son terrier et tombe, longtemps. Ce qu’elle trouve en bas est un pays où chaque personnage applique une logique parfaitement rigoureuse à des prémisses parfaitement folles : un chat qui disparaît par morceaux, un chapelier qui fête tous les jours sauf un, des cartes à jouer qui repeignent des roses, et une reine dont le vocabulaire judiciaire se limite à une seule sentence.

Dans les coulisses : trop de bonnes idées

Le principal problème du film est aussi ce qui le rend fascinant : il n’a pas d’histoire. Le livre de Carroll est une succession d’épisodes sans progression dramatique, et le studio n’a jamais réussi à lui en trouver une.

Plusieurs pistes ont été tentées, dont un traitement écrit par Aldous Huxley, l’auteur du Meilleur des mondes, qui mêlait le conte à la biographie de Lewis Carroll. Il a été jugé trop littéraire et écarté.

Faute de fil narratif, l’équipe a compensé par la profusion : plus de trente chansons ont été écrites, dont une bonne douzaine se retrouvent dans le film : c’est un record pour un long métrage du studio, et la raison pour laquelle plusieurs ne durent que quelques secondes.

La direction artistique, elle, doit tout à Mary Blair, dont les gouaches aux couleurs franches et aux perspectives fausses donnent au film son étrangeté graphique. C’est la même artiste qui a conçu, quelques années plus tard, l’attraction It’s a Small World.

Ce que seuls les fans savent

  • Le film mélange les deux livres. Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Morse et le Charpentier, ou encore la scène du miroir viennent de De l’autre côté du miroir, la suite publiée en 1871, et non du premier roman.
  • La renaissance du film dans les années 1960 a d’abord agacé le studio. Une jeunesse universitaire s’en est emparée pour des raisons que Disney ne souhaitait pas commenter, avant de se résoudre à ressortir le film en salles en 1974, sa première exploitation vraiment rentable.
  • Kathryn Beaumont, la voix d’Alice, a servi de modèle filmé pour l’animation du personnage, comme elle le fera deux ans plus tard pour Wendy dans Peter Pan. Elle est devenue institutrice après sa carrière d’enfant acteur.
  • Le Chat du Cheshire est doublé par Sterling Holloway, qui prêtera plus tard sa voix à Winnie l’ourson et à Kaa. Son timbre traînant est l’une des signatures sonores du studio.
  • « Un joyeux non-anniversaire » est mathématiquement défendable : chacun dispose en effet de trois cent soixante-quatre non-anniversaires par an, ce que le film prend soin de calculer à voix haute.
  • Aucune adaptation ultérieure n’a résolu le problème de structure, pas même celle de Tim Burton en 2010, qui a dû inventer une prophétie et une bataille finale pour donner au récit une colonne vertébrale.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. C’est un film qui se regarde par fragments plutôt que d’un bloc, et qui gagne beaucoup à être revu à l’âge adulte : la mécanique du non-sens y est bien plus drôle qu’elle ne l’est à sept ans.