En 2013, Disney a déposé une demande de marque sur l’expression « Día de los Muertos » pour protéger les produits dérivés de son futur film. La réaction au Mexique et dans la communauté hispanique américaine a été immédiate et furieuse : on ne dépose pas une marque sur une fête religieuse vieille de plusieurs siècles.
Le studio a retiré sa demande en quelques jours. Et il a fait quelque chose de plus intelligent : il a embauché plusieurs de ses critiques les plus virulents comme consultants sur le film.
Le résultat est devenu le plus gros succès de l’histoire du box-office mexicain.
L’histoire
Chez les Rivera, la musique est interdite. Depuis que l’arrière-arrière-grand-père a quitté la maison avec sa guitare pour ne jamais revenir, la famille fabrique des chaussures et considère la musique comme une trahison.
Miguel, douze ans, joue en cachette dans un grenier, devant un poste de télévision et les images d’Ernesto de la Cruz, chanteur légendaire dont il a fait son modèle.
Le soir du Jour des morts, une dispute avec sa grand-mère le pousse à voler une guitare dans un mausolée. Le geste le fait basculer dans le monde des morts, où il devra obtenir la bénédiction d’un ancêtre avant le lever du soleil — faute de quoi il y restera.
Dans les coulisses
L’équipe a passé six ans sur le film, avec plusieurs voyages au Mexique — Oaxaca, Guanajuato, Mexico — pendant les célébrations. Elle a visité des cimetières la nuit du 2 novembre, documenté les ofrendas, les papiers découpés, les fleurs de cempasúchil dont les pétales tracent le chemin des morts.
Le film assume une distribution vocale entièrement latino en version originale, ce qui n’allait pas de soi pour une production de cette taille.
Techniquement, le monde des morts a posé un problème inédit : c’est une ville verticale, empilée sur plusieurs kilomètres de hauteur, éclairée par des millions de lumières individuelles. Le studio a dû réécrire une partie de son moteur d’éclairage pour tenir des plans comportant plus de sept millions de sources lumineuses.
Quant aux squelettes, ils ont demandé un travail d’animation particulier : sans muscles ni peau, tout doit passer par le rythme et la posture, et chaque os devait pouvoir se détacher sans que le personnage cesse d’être lisible.
Ce que seuls les fans savent
- Le film explique la « seconde mort » : on disparaît définitivement du monde des morts le jour où plus personne chez les vivants ne se souvient de vous. C’est de là que vient toute la charge émotionnelle du film, et c’est une notion réellement présente dans la culture mexicaine.
- « Souviens-toi de moi » a remporté l’Oscar de la meilleure chanson, et le film celui du meilleur film d’animation. La chanson est jouée trois fois dans le film, dans trois registres opposés — chacun changeant complètement son sens.
- Le personnage de Coco donne son titre au film alors qu’elle parle à peine. C’est un choix que le studio a défendu contre l’avis du marketing.
- Les alebrijes, ces créatures colorées qui servent de guides spirituels, sont inspirés de l’artisanat d’Oaxaca — une tradition artistique du XXe siècle, née d’un rêve de fièvre de l’artiste Pedro Linares.
- Dante, le chien, est un xoloitzcuintle, race mexicaine sans poils associée depuis l’époque précolombienne à l’accompagnement des morts.
- Le film a fait pleurer des salles entières au Mexique, où il est resté numéro un pendant des semaines et où il a été largement salué pour la justesse de sa représentation.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. C’est l’un des rares films Pixar dont on peut dire qu’il a changé le regard d’un public occidental sur une tradition qu’il ne connaissait pas — et l’un des trois ou quatre plus réussis du studio, tous critères confondus.
À voir en version originale sous-titrée si vous le pouvez : les passages en espagnol y prennent une tout autre épaisseur.